« La France se meurt, chers auditeurs, la France se meurt ! »

Mots prononcés à l’occasion de la remise d’un geste d’argent en novembre 2025

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Je me présente : Armel Joly, architecte.

Dans un exercice comme celui-ci — prendre la parole lors d’une remise de prix — deux options s’offrent en général à nous :

  • La première : la sincérité nécessaire, serait de remercier le client, les entreprises etc.
  • La deuxième : profiter de la tribune pour un pamphlet politique acerbe et révolté !

Certain ici connaissent déjà mon tempérament, et comme de toute façon, mes clients ne sont pas là… devinez quelle option j’ai choisi …

La France se meurt, chers auditeurs, la France se meurt !

Ce n’est pas moi qui le dit, mais Monsieur Jean-Louis Borloo, la semaine dernière sur BFM TV.

Dans notre métier d’architecte, voyez-vous, nous avançons sur une ligne de crête :

_D’un côté, une joie profonde lorsque nos projets prennent vie et son récompensés, comme aujourd’hui…
_De l’autre, une désillusion tout aussi prodigieuse lorsqu’il faut affronter, Non pas des Maîtres d’ouvrages chéris ! Non pas des entreprises adorées ! Mais bien ….. l’étoile noir de la profession – le fait administratif !

La thématique récompensée cette année, par le biais de 3 projets, s’intéresse à la surélévation de l’habitat individuel comme acte urbain et avant tout social.

Sur le papier, c’est admirable, c’est formidable !
Mais pour y parvenir… quelle énergie ! Quelle énergie !

Je vous le rappelle, la France se meurt, chers auditeurs, la France se meurt !

Entre PSMV, SPR, ZPPAUP, PLU, PLUi, OAP, RNU… Code de l’Urbanisme, Code civil, Code de l’habitation etc etc…. nos très chers instructeurs, qui au demeurant, agissent toujours de bonne foi, se retrouvent au moment des instructions des autorisations d’urbanisme,  tel des lapins pétrifiés dans les phares d’une voiture.

Rien qu’un exemple de plus….. ce matin pour un projet dans le Vaucluse, par peur du contrôle de légalité de la préfecture, on me demande, pour créer 2 fenêtres et refaire la toiture d’un mas provençal qui tombe en ruine…… de prouver sa légalité…. avec permis de construire ancien à l’appui s’il vous plaît….  : « Mais Madame, le bien a été construit il ya plus de 200 ans. Comment voulez vous que je vous donne le permis de construire d’origine : « Ahhh… je ne sais pas bien…. Mais comprenez moi, j’ai des consignes… »

Mais je vous rassure : je ne suis ni désespéré, ni vraiment fatigué.

_Je suis architecte.

Donc obstiné par nature, et vaguement optimiste par nécessité.

Aussi, c’est avec une satisfaction immense que je reçois aujourd’hui, de la part de l’Association du Geste d’Or, ce geste d’argent. Je remercie chaleureusement les membres du jury, Lena pour son accompagnement, et Pascal Payen-Appenzeller qui, par son action, met en lumière le travail d’un minable petit architecte de province.

Et pour terminer, permettez moi de citer avec espérance  la devise de Francois-Athanase Charrette de la Contrie, général vendéen, fusillé à Nantes en 1796 :

« Combattu souvent, battu parfois, abattu jamais »

Merci pour votre écoute.

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