7504CE_Proposition spontanée pour la construction d’une Cathédrale Éphémère sur le parvis de N-D de Paris

Contexte : Paris (04)
Maître d’ouvrage : Non identifié
Surface : SDP variable
Budget des travaux : Non communiqué
Calendrier : Juin 2019
Mission : Esquisse
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Dispositions particulières : Proposition spontanée de l’Atelier

1 ESPACE SACRÉ
1 LIEU DE CULTE
1 ESPACE PUBLIC

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Au lendemain de l’incendie tragique que nous avons connu le 15 avril dernier, Mgr Chauvet, Recteur de N-D de Paris, est interrogé sur Cnews par Jean-Pierre Elkabbach. Lors de cet entretien, il s’interroge sur la possibilité d’installer sur le Parvis Jean Paul II, une Cathédrale Éphémère en bois : « Je veux un lieu qui soit beau … un peu symbolique, attirant… un lieu d’accueil, qui montre que notre Cathédrale est toujours vivante ! ». C’est dans ce contexte particulier que nous décidons de répondre spontanément à ce désir, au travers d’un projet inédit et un peu fou, inscrit dans la continuité d’un diplôme d’architecture s’intéressant à la définition du Sacré en Architecture, réalisé en 2014 avec un confrère, Arnaud Gillet.

Nous introduisions alors notre recherche par ces mots :

« Au départ, une intuition : un espace sacré semble être caractérisé par l’idée de frontière, de passage. Étymologiquement, ce qui est mis à part, ce qui est coupé du reste, ce qui est mis de côté. Un changement d’attitude, une introspection qui nous invite à « regarder à l’intérieur ». L’intérieur de nous-même, mais aussi l’intérieur de cet espace dans lequel nous pénétrons ».

 

1 CONSTRUCTION MODULAIRE
1 CONSTRUCTION SYSTÉMATIQUE
1 CONSTRUCTION TRANSPORTABLE ET DÉMONTABLE

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Ainsi, selon notre sensibilité, lorsqu’en 2014 nous sélectionnons les édifices allant traduire la précision que nous souhaitions apporter au sacré en architecture, il nous paraît évident de retenir un élément du gothique. Ou comment la structure, le squelette, ont permis, au delà du culte, d’apporter une dimension sacrée spatiale venant transcender le symbolisme désiré de s’élever vers Dieu.

Mais au lieu de choisir la Cathédrale la plus longue (Amiens) ou la plus haute (Beauvais), nous choisissons Notre- Dame de Paris, celle-ci étant la seule à posséder un plan continu non interrompu à son transept par une forme de croix latine. La perspective s’étend dans toute la longueur, du narthex jusqu’au déambulatoire.

Afin de contenir les éléments de programme énoncés à demi-mot par Mgr Chauvet, l’incendie ayant ravagé la Cathédrale et ne permettant plus l’accès à la nef intérieure, nous décidons de proposer un projet permettant de rendre à nouveau accessible cette volumétrie perdue.

Après avoir collecté les documents en deux dimensions de la Cathédrale (plans et coupes) nécessaires à sa compréhension, un premier travail de conception 3D est effectué de façon à concevoir une travée reproductible et multipliable.

1 CATHÉDRALE EN BOIS
1 FACILITÉ DE MISE EN OEUVRE
1 PROJET « LAUDATO SI »

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Suite à cette modélisation 3D, les travées assemblées sont misent à l’échelle pour s’insérer confortablement sur le parvis accueillant la Cathédrale éphémère. La hauteur sous voûte correspondant à 2/5eme de la hauteur de la nef existante (13,20 m au lieu de 33 m actuel ). Les travées, désormais d’une largeur de 2,50 m sont donc découpées en tranches de 10 cm d’épaisseur.

Pour répondre aux exigences de rapidité et facilité de mise en œuvre d’un projet de construction éphémère, le bois, matériaux biosourcé par excellence, apparaît comme une évidence. Durable et écologique, il permet une pré- fabrication et une modularité des éléments, ainsi qu’un chantier propre et sec.

Il en découle une architecture à faible empreinte carbone, faisant directement écho à l’encyclique du Pape François « Laudato Si ».

BOIS/CUIVRE/MEMBRANE

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Les travées découpées sont façonnées à l’aide de murs pré-fabriqués en bois massif sapin blanc lamellé collé/croisé. Ces derniers sont usinés selon un patron de découpe vectoriel. Une travée est composée de 25 panneaux bois de 10 cm d’épaisseur assemblés par la suite via des ferrures et tirants. Une fois protégée de la pluie et du soleil, chaque travée reçoit des « caissons gothiques » et une couverture en cuivre couleur laiton. Chaque caisson, introduisant de la lumière naturelle au cœur de la nef, est revêtu d’une membrane imprimée, sorte de vitrail textile étanche contemporain.

La volumétrie perdue de la nef existante est retrouvée au travers d’un nouvel esthétisme contemporain qui, bien que reprenant les « codes sacrées » de sa jumelle antérieure à plus grande échelle, s’oppose parfois radicalement pour communiquer sa propre identité. En effet, dans les deux cas :

• Le sacré jaillit grâce à la démultiplication d’une seule et même géométrie reproduite à l’infini

• La construction se fait par stratification. Verticale pour Notre Dame car bâtie en pierre / Horizontale pour la Cathédrale éphémère car fabriquée de bois

• Un seul matériau brut, façonné et assemblé pièce après pièce, devient support d’un esthétisme global (Pierre versus Bois)

Paradoxalement en opposition :

• Notre-Dame de Paris existe et persiste grâce au savoirs-faire des artisans et compagnons de son époque. La Cathédrale éphémère quant à elle, ne peut voir le jour sans technologie informatique, et sans procédé de fabrication industriel

• Nous sommes face à un temps de construction titanesque de 200 ans pour l’une, et à une immédiaté constructive pour l’autre

1 MESSE/JOUR
1 LIEU D’ACCUEIL ET D’ÉCOUTE
1 ESPACE DE BOUTIQUES TOURNÉES VERS LA VILLE

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Modulaire grâce au système constructif proposé, cette Cathédrale Ephémère devient aussi modulaire selon le programme désiré : le nombre de travées installées sur le parvis venant préciser l’usage des lieux en accord avec un budget disponible.

Ainsi, différents scénarios d’installation peuvent être envisagés, avec par exemple :

• Scénario 1 : Création d’un Sanctuaire Marial= 2 Travées
• Scénario 2 : 1 Messe/jour avec Autel et Ambon= 4 Travées
• Scénario 3 : 1 Messe/jour + Lieu d’accueil= 8 à 10 Travées
• Scénario 4 : 1 Messe/jour + Lieu d’accueil et boutiques= 10 à 14 Travées

1 MANIFESTE ARCHITECTURAL

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Suite au travail d’analyse effectué en 2014, malgré toutes nos réalisations, l’exploration de notre intuition première ne nous a transporté vers aucune certitude. Le sacré semble en effet hésiter, entre le plein et le vide, entre le gigantisme et l’intime, entre l’ombre et la lumière… Comme si celui-ci, par définition, échappait à sa propre définition.

C’est pourquoi, exploitant toujours le domaine de notre intuition, avant même de commencer la conception des premières maquettes, nous avions élaboré puis étoffé en parallèle de leur fabrication, une série de tandem venant appuyer notre conclusion et élargir le champ de nos pressentiments. Dans cette série, nous cherchions à comprendre ce que le sacré « semblait être » ou « semblait ne pas être ».

≈« semble être »           ≠ « ne semble pas être »

le sacré ≈ le respect          le sacré ≠ le banal
le sacré ≈ l’interdit           le sacré ≠ le licite
le sacré ≈ la passion         le sacré ≠ le détachement
le sacré ≈ le désir              le sacré ≠ le blasphème
le sacré ≈ l’émotion          le sacré ≠ le dégoût
le sacré ≈ le mystère         le sacré ≠ l’indifférence
le sacré ≈ la mémoire       le sacré ≠ la concession
le sacré ≈ la puissance      le sacré ≠ la certitude
le sacré ≈ la crainte           le sacré ≠ l’’impavidité

Mais devant la diversité des formes et la variété des solutions adoptées, en architecture, comme dans le paysage, c’est le regard que l’Homme jette sur l’espace qui le transfigure et le rend sacré. Ainsi, lorsque morphologie et aspirations spirituelles s’équilibrent dans une admirable adéquation, le sacré déploie toute sa dimension universelle : au-delà du lieu, au-delà du culte, et parfois même, au-delà de Dieu.

Selon les dernières actualités, la Cathédrale éphémère semble finalement avoir été mise de côté, remplacée par un sanctuaire marial moins ambitieux. Néanmoins, ce projet spontané à l’initiative d’un jeune architecte catholique, dessine les contours d’une démarche de projet atypique, technologique, contemporaine, au service du « sacré ». L’objectif initial ayant été, rappelons le, de refléter une Eglise audacieuse, jeune, et donc toujours vivante !

Quoiqu’il en soit, si nous désirons concevoir un espace sacré, nous devons l’envisager de façon à ce que cette architecture soit investie d’une charge d’émotion saisissable par tous. Ce phénomène donnera ainsi libre cours à l’imagination des architectes, pourvu qu’ils puissent persuader leurs contemporains qu’ils ont mis dans la masse de leur travail non pas seulement du béton (vade retro !), mais aussi ce cœur et cette foi universelle.